À quelques minutes de voiture au-dessus de nos villages, un long ensemble blanc s’étire sur le flanc du mont Kechrovouni — trop grand pour un hameau, trop silencieux pour une bourgade. C’est le monastère de Kechrovouni, le couvent de la Dormition de la Vierge, et c’est ici qu’a commencé l’histoire de la Tinos moderne : dans les rêves d’une vieille religieuse, à l’été 1822.

Un village de religieuses sur la montagne

Personne ne sait exactement quand Kechrovouni fut bâti. La tradition le situe à l’époque byzantine, quelque part entre le Xe et le XIIe siècle, et raconte que trois sœurs pieuses voyaient chaque nuit une étrange lumière sur la montagne. Y voyant un appel, elles vinrent vivre près des trois petites chapelles qui s’y trouvaient, chacune bâtissant sa cellule à côté de l’une d’elles. Une communauté grandit autour d’elles — jusqu’à 120 religieuses à son apogée — sous un nom très doux que le couvent porte encore : Notre-Dame des Anges.

Ce qu’elles ont bâti ressemble moins à un monastère qu’à un village. Entre les murs, des ruelles pavées serpentent entre des cellules blanchies à la chaux qui sont en réalité de petites maisons, chacune avec sa porte et ses marches ; des arcs s’ouvrent sur des cours et des clochers s’élèvent au-dessus des toits. C’est l’architecture cycladique dans ce qu’elle a de plus spontané — maisons de pierre, linteaux de marbre, escaliers polis par le temps — et, depuis quelque 650 mètres d’altitude, le regard descend sur les terrasses et les pigeonniers jusqu’à Chora et la mer.

Sainte Pélagie et le rêve de 1822

La fille la plus célèbre du couvent est née Loukia en 1752, au village de Kampos. À quinze ans, elle monta à Kechrovouni rejoindre sa tante, une religieuse nommée Pélagie, dont elle prit le nom en prononçant ses vœux. Elle passa ici toute sa longue vie, et le couvent se souvient d’elle moins pour ses visions que pour son labeur : elle soignait les sœurs malades et allait mendier de village en village autour de la montagne pour nourrir les plus pauvres.

En juillet 1822, alors que la guerre d’indépendance n’avait qu’un an, Pélagie — septuagénaire — vit en songe une femme lumineuse qui lui dit qu’une icône gisait enfouie dans un champ, en contrebas de la ville. Deux fois, elle garda le silence. La troisième, le 23 juillet, elle s’en ouvrit à son abbesse et à l’évêque Gabriel. Les fouilles commencèrent et, le 30 janvier 1823, la pioche d’un ouvrier fendit un panneau de bois : une icône de l’Annonciation. L’église de la Panagia Evangelistria s’éleva sur les lieux, et Tinos devint la grande île de pèlerinage de la Grèce. Pélagie mourut en 1834 et fut plus tard proclamée sainte.

Que voir entre les murs

Commencez par le katholikon, l’église de la Dormition au cœur de l’ensemble, avec son iconostase de bois sculpté couverte de feuille d’or. À sa droite, un escalier de pierre monte à la cellule où vécut Pélagie, devenue lieu de pèlerinage, et à côté se dresse l’église plus récente qui lui est dédiée, où l’on vénère sa relique. Une ruelle mène à l’église des Taxiarques, l’ancienne église du cimetière, où elle fut inhumée. Avec les chapelles de la Sainte-Trinité, de Saint-Jean-Baptiste, de Sainte-Christine et de la Source vivifiante, cela fait sept églises dans l’enceinte. Un petit musée conserve icônes, orfèvrerie liturgique et vêtements sacerdotaux des XVIIIe et XIXe siècles, et les religieuses vendent leurs propres ouvrages : c’est ainsi que vit la communauté.

Bien visiter : horaires, tenue et un peu de silence

Kechrovouni est un couvent vivant, pas un musée : pas de guichet, pas d’horaires affichés. La journée des sœurs commence avec la cloche à cinq heures du matin, et les vêpres sont chantées à seize heures. Le bureau du couvent est ouvert à peu près de 10 h à 13 h et de 16 h à 18 h : ce sont les créneaux les plus sûrs pour une visite, la mi-journée étant réservée au repos. Les horaires varient avec les offices et les fêtes ; si vous séjournez chez nous, demandez-nous la veille au soir et nous vérifierons. Habillez-vous comme pour tout couvent grec — épaules et genoux couverts, un châle léger dans le sac —, parlez à voix basse et demandez avant de photographier une religieuse. En voiture, comptez un quart d’heure depuis Chora et quelques minutes seulement depuis nos villages.

Le vieux sentier depuis Dyo Choria

Mieux encore, montez à pied. Depuis la place aux platanes de Dyo Choria, le vieux sentier sort du village par des marches de pierre, passe une source d’eau potable, une longue citerne de pierre et un pigeonnier, puis traverse Arnados — passages couverts, fontaine de marbre — jusqu’à la porte du monastère : un peu plus de deux kilomètres, environ une heure sans se presser. Depuis Triantaros, ajoutez le court tronçon le long de la crête. Après la porte, le sentier continue et redescend jusqu’à Chora entre chapelles, pigeonniers et un vieux moulin, environ quatre kilomètres de plus ; remontez en taxi. Partez tôt le matin ou en fin de journée, avec de l’eau et de bonnes chaussures — les marches de marbre polies par des siècles de pas sont glissantes. Notre guide de la randonnée à Tinos présente tout le réseau.

Le 23 juillet, l’icône monte à la montagne

Le 23 juillet, fête de sainte Pélagie et anniversaire de sa vision, l’icône de la Panagia Evangelistria monte de Chora le matin et passe la journée à Kechrovouni, tandis que les religieuses offrent café, raki et douceurs à tous ceux qui ont fait l’ascension. Après les vêpres, l’icône redescend à pied vers la ville, suivie d’une longue procession d’habitants et de visiteurs, les cloches des chapelles sonnant à son passage — deux heures de marche dans la dernière lumière, pour atteindre le port à la tombée de la nuit, au son de la fanfare de l’île et sous les feux d’artifice. Pour les autres fêtes de l’été, voyez notre guide des panigiria de Tinos.

Où loger près de Kechrovouni

Nous vivons sur la même montagne. Nos quatre maisons de vacances se trouvent à Dyo Choria et Triantaros, les villages-balcons en contrebas du monastère — des maisons de pierre traditionnelles aux linteaux de marbre et aux murs épais, rénovées en locations de vacances paisibles, avec des terrasses sur l’Égée. Emerald View House One est à deux minutes de la place d’où part le sentier de Kechrovouni ; Blue Horizon, Blabla Door House et Aegean Selfie House sont un peu plus loin sur la crête, à Triantaros. Si vous hésitez sur où loger à Tinos et aimeriez vous réveiller à distance de marche du couvent, indiquez-nous vos dates et écrivez-nous via le formulaire de contact.